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March 20, 2007
Thalaat Harb Square, 20 mars, 13h15-15h00
Air France Groppi Abat-jour, l’ombre en pointe du Tulip Hotel, Internet Café Mabdouly Bookshop, façade convexe d’un immeuble aux volets verts fermés, Accessories For Next Women, signal atonal d’un talkie-walkie, Ibera, Alitalia, crachotements, Utopia Travel Modern Shop, stridence des sifflets, Accessoires Pour Femmes, colonne de voitures à l’arrêt, Moawaal Skin Institute, quelques-uns accroupis, Cosmetic Surgery, ombres courtes, Laser Dermatology, un gamin accourt pour proposer ses mouchoirs aux conducteurs, Hotel Tulip, au centre une statue empaquetée, Med. Deur. Dentiste, les arbitres en casquette dans le rond central, Al Chark Assurances, des arbustes empoussiérés, Rado, les femmes vont deux par deux, Air France, sandales et mobile, un flic sous l’arbre, passage d’un camion blindé bleu, voitures flux, un homme cravaté sort d’une voiture, à trois mètres du trottoir un flic, deux, stuc des façades à l’européenne, talkie walkie, fer forgé des candélabres, braillant dans leurs appareils qui crachotent en retour, ribambelles des devantures entourant la place, au pied de la statue bâchée deux autres flics, National Bank of Abu Dahbi, eux-aussi hurlent gesticulent, soudain papotent mollement, échelle portée à l’épaule, deux hommes poussent un taxi en panne, puis sifflent, une vieille femme en haillons balaie éperdument la route, l’un si fort que son instrument lui en tombe, vitrines alléchantes de la pâtisserie Groppi, lassitude de pacha, Utopia Travel, indifférence et caprices tyranniques, supports bleus des poubelles absentes, Amanco, mannequins moustachus, fourgon blindé, losange rouge : les étiquettes des prix, paquet de thé sur épaule, au-dessus de la monumentale horloge Rado : deux femmes au balcon, nouveau convoi de camions policiers, deux sacs plastiques verts, l’officier à oreillette et casquette serre la main d’un gendarme, le vent agite les voiles, foule en traversant frôle les claxons, drapeaux nationaux qui pendouillent, grand disque de l’horloge Rado, bicyclette rouge aux pneus jaunes, un colis informe sur le toit, vitrines-lécheurs, en uniforme à chacun des embranchements, tops culottes téléphones, paniers en équilibre, encore un fourgon, slalom en deux-roues à travers la place, rideaux de fer baissés, hommes à mallette, librairie aux vitres fumées, tintamarre des bouteilles de gaz, tour Eiffel en enseigne, couverte de noir de pied en cap elle avance d’un pas sûr, de préférence ils marchent sur la route, insistance d’un marchand de pacotilles, taxis englués dans le rond-point, Moawad Skin Institute, un barbu en gellebeya s’enfonce dans la pharmacie, radio qui grésille, échelle posée à terre, les gars désoeuvrés palabrent, sifflement concerté, guérite jaune, une sirène s’approche, ils s’interrompent pour lancer leur stridence à qui se sentira visé, signes de mains, la fourrière à nouveau, tuniques colorées, pare-chocs, une touriste traverse au pas de course, sac à dos sur le devant, marques japonaises, tenant sa fille par le bras, cageots d’oranges, Since 1928, l’air acide, on admire les assiettes décorées, coups frappés sur grappe de bouteilles, blouson mercedes, à l’arrière d’un vélo, pantalon maculé de blanc, il chancèle, lunettes de soleil Pilot et téléphone mobile, se fraye jusqu’à l’autre rive, voilée totale, un balayeur municipal fait la pause sur le trottoir, résille sur ses yeux, les barricades noires et blanches empêchent l’accès aux places de parc, pull en laine Burlington, la mine sévère d’un probable flic en civil, pantalon brun en velours côtelé, deux lourds paquets de journaux hissés, les volutes des immeubles art déco, vaguelettes des mosaïques dorées, un homme trapu réparant son chapelet tombé, banderoles qui demandent la libération d’un avocat, les flics renseignent des passants, hijab vert fluo, caisse de soda, veste en velours, trébuchent dans la poussière grasse, rangée de climatiseurs, une auto-école : anatomie d’un moteur, poussière plein la bouche, piles de journaux, les fils parcourant les murs, voitures à l’arrêt, ils croquent et sucent des graines, le code impénétrable des avertisseurs, celui-là assis qui masse son sac, mégots rassemblés sur une grille, flic en blouson orange, trajectoire enchevêtrée, un blanc boutonneux s’arrête devant chez Groppi, ballon rouge à étoiles jaunes sous le bras, L’Enfant de Nice, des agents de sécurité pénètrent dans une voiture blanche, goulot du rond-point, Céramiques : Enfant de Nice, rideau de fer baissé aux trois quarts, un cahier rose, en civil ils font les cent pas, un cœur en or au bout d’une chaîne, toque de feutre, taxi hélé, mosaïques fleuries, il prend le bus en marche, lauriers coupés nets, soulève sa robe blanche, ils arrosent l’asphalte de leurs cris, dévoilant des chaussettes beiges, déchets tourbillonnants, sol lissé au sable, flot ininterrompu, capet en laine bleue, néo-classiques à cinq étages, ils ont repris leur poste au bas du Greek Club, chargements d’alcool, deux autocars blancs se croisent difficilement, Parfums Scarabé, reconnaissables à leur émetteur-récepteur, chariot aux roues voilées, le groupe s’en va en roulant les mécaniques.
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talaat harb
March 16, 2007
A djinn palace @ Thalaat Harb
Le gros serveur traverse le bouge étroit en direction de Dents & Langue, les yeux de Langue sont posés sur les trous de cigarettes de la nappe, jugeant, de leur bon droit à figurer aux côtés des fleurets ornant le velours, Dents lui compte les caissons verts du plafond, un ventre, se presse entre ses omoplates, il tourne le cou, cligne, s’empêtre dans son anglais gesticulé, repousse, tendre, ferme, les sollicitations du serveur non moins jovial, son bakchich il se le veut faire donner hors la vue du patron, voyant son mol assaut échouer, il baille, appuyé aux lambris, l’œil terne vagant sur l’éphèbe qui ramène son moule-couilles entre les deux rangées de tables, sourire béat, cils interminables, bras en arceaux au-dessus de sa tête qui se découple des épaules, il frappe, hanches balancées, entre pouce et index, ses castagnettes de cuivre, dans les défauts d’un miroir Langue mate le chanteur, haleine flatteuse, qui s’approche d’une tablée à gauche, saut à glace, bières, raclements de pipe à eau, au fond du bouge le synthétiseur transpire, préset ondulant, une entraîneuse frotte si lasse son cul contre un pilier, elle sort son mobile, pianote, se redirige vers la tablée, brume fréquentielle, l’éphèbe, mal comblé de Dents & Langue, se translate à droite vers un couple d’hommes cuits, le moustachu, cernes bouffis, secoue sa poitrine, baise l’air longuement, doigts claqués, se penche vers la cambrure de l’éphèbe, hume, vibre du chef, sort un billet de la poche de sa chemise, expression luisante, bourgeons de couperose, le ventilo chuinte, un accord, avide, nappe le bouge, chaud tendu, à peine a-t-il cliqueté ses mercis l’éphèbe, courbette, ça sentait venir, qu’une volée de billets, défiante, part de la table que travaille, obstiné, le chanteur, patron ventre entraîneuse, ressorts, se précipitent, l’éphèbe leur emboîte le pas, à pâles éblouis, à Dents & Langue, cigarette partagée, bières bues, se dérobe la face de, maintenant, la prunelle du bouge !, haut-parleurs humides, un lécheur, fourbe refrain adressé par les courtisans la font raccoucher d’une liasse, déglutir, ventilo fait un piqué, la porte s’est ouverte derrière Dents & Langue, entrent un mac sa voilée, vite, dans l’arrière-salle, ressort, la putain, des bières se distribuent, accord plaqué or, la putain, cris de fer, en rouge et diadème, lance sa mine de cellulose parmi, leurs battements moites, chanteur, pores relâchés, a les yeux au plafond, des bouffées jaunes rampent de par-dessus la table de gauche, ustensiles, bras, louanges tendues vers pacha, l’éphèbe roucoule, entre le portrait de l’ancêtre et le miroir, une collection de médailles
March 12, 2007
Shaabi Talking Head: THE WEDDING
Air épais stase, poussière grasse s’introbruit, s’immobilise, plaque, grasse, croix lumineuses griffent, jaune, les murs se fendent gravassent sous les pneus, taxi bakchiché se renfile vrombe falot dans la frôle aveugle, feux, cartons, entre briques les camions, les corps s’accroupissent crachent relents d’huile, bord du nil, la kochary ventile souffle suinté, les foies d’agneau friture et racines roses, gaz, le grilleur tourne, bouteille pelée, enfoncée, le robinet de cuivre, jeans tendus haillent par en bas sur les orteils noirs, rue de six mètres en large, par degrés, s’enfonce ou c’est la route des berges, martelée, qui saille, ferrailles portes crevées, blocs de nuit, trois deux, basses, des formes appuyées, assises tournent le cou, là, tranchée, basses, des séries de néons, toile isolante les rubanne colorée, exposent la terre battue cinglante entre les premiers corps, plus loin plus dense, les toiles, tissus, traits, sourcils orbites, suspenses de crochets à clous aux parois : câbles, torons, cordes sucées, travers les fenêtres corps faces voûtées s’étagent, penchées, voilées se hèlent, les mains polissent sablent la glu illuminée, y squissent des youyous, rabrouent, les phalanges levées, estiment, reclassent se reprennent conjurent, se résignent, éclaircie d’air stagné, rematent, épellent les faces, corps basses, cela qui devient pont supérieur d’un flottoir, à sa proue une estrade où, basses, se tiennent juchés, serrés s’entregrappent shirts saisis, faces basses, les maîtres de cérémonie leurs platines un batteur, les enceintes flanquent tout au long le corridor en berceau, de la grille des fils en haut du saut-de-loup des paniers s’abaissent, rehissés, poupettent devant rideaux de fers des boutiques descendus, lie de vin bleu ciel violet ça face, corps autour de tables basses, leur guingois rouille, les nappes rouges, numéro brodé or, s’effilent se parent tiennent, cruches de fer-blanc choquent, tiennent, des hommes, assis occupés aux faces chanteurs corps, danseurs, basses en nappe, quoi les dessille, se répandent tchatcheurs, les nerfs, qu’on s’arrache qui méchuintent insufflés de la grappe des corps faces, cycles basses, s’y fondent saillissent membramment, épuisent généalogie des parents des hôtes des présents, y retissent l’énumération des vœux des frères des pères, de la sueur qui les tient face à corps, pied de l’estrade basses, nue de mousse de rasage, pétards à main tirés entre les murs flammes sprayées se lèchent, l’un roule papier journal, poignets bandés, l’autre toronne tuyau de pipe, combattent, pâmés, s’esquivent, tibias jetés, mains rebandées lames gracieuses se font banderilles, sandales talonnent, membres découplés, faces basses, là relais, yeux mi-clos un torse s’ébroue, trois, tous, clappent, tous clappent, saccadent, tambours raffalent ventres, impactent cuisses, les voix filament, pointent, strident, mais s’arrondent, faces corps basses, basses corps faces, se haranguent, brusques, lèvres charnues, se défient, favoris, clairs, se susshurlent, en amande, se provoquent, aisselles ouvertes, réponses, le flottoir clame basses faces, les nerfs font irruption du côté des femmes, à l’interstice la ronde des vieux, leur hauteur, qui hochent tacites, fument manualisent le cordon d’une chicha, ils ont fait distribuer le haschich les sodas, quelques bières, derrière, là sur une table en robe moulante, une mineure sans forme enchante des aïeules, ses brillants, ses bras reptent, son cul tressaille, oeil vide sourire fixé, ça déclame détonne, basses corps, à l’autre bout du couloir, happés ventral dans le pli des contretemps, ceux qui ne s’osent pas au-delà de la charnière des vieillards glotzent le direct pleins d’humeur, serpent, autre nerf, la caméra a droit à tout, couleurs rehaussées, la grappe fracturée des corps, prise au réticule d’usages, s’y peut voir une, suspendue, basses, corps basses, mais faces, corps basses, basses corps faces, flottoir irradié maintenant, basses corps basses appuyées au quart-de-tour, texteurs membrammés, flûtes faces ondulent, basses corps faces, corps faces, stridences, garçon juché sur les épaules d’un camarade, celui-ci sa tête s’est faite ventre, ses doigts claquent, celui-là ses yeux épaules avant-bras ongles caressent hument les nappes basses le poison flûte, la fièvre des texteurs s’empire, sont peaux, qui appellent, sont sifflés, qui aiguillent, l’allure des basses se tend, qui s’éclipsent, apparaissent, pour s’adresser à l’un qui lui attrape le lobe, fait son souhait, retchatché filé, versé au pot à la pâte corps basses, et s’enfuir que d’autres rondes les ravissent, ventres grappe corps faces, flottoir basses, le marié est borgne, centre-grappe, sa femme invisible.
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March 08, 2007
The Baron of Heliopolis
Teeth & Tongue & Ash meet the Baron at Heliopolis
The Baron: The Baron came to Egypt and said he has a brilliant idea, that he wants to construct his own city. He chose this place here, it was all desert. He was employed in a company of architects and made a lot of money, he was very smart. He committed suicide in 1942 because he was sick, he had cancer.
At that time, there were a lot of european architects building in Cairo, mixing european style with islam style. His palace is indianstyle, it’s beautiful, it’s huge, it’s like haunted. Imagine it : a palace from Cambodgia in the desert in the the middle-east. But now you can’t enter it, there’s no one living there. The wife of Mubarak, Susanne Mubarak, she’s crazy about that house and its huge garden, she wants to renovate it. If you talk about the president or his family, it’s like… gods… nobody can touch it. I can’t do anything you know. Some opinions they say that Mubarak is good because he manipulates these things for many years, he was smart you know, but the system is corrupt. He talk about to leave his position for his son, the businessmen they want that, they want the things to be stable, to make business you need to have a stable position you know, far from fondamentalism, from islam, terrorist or other, so you have terrorism from this side and corruption from the other side and normal people who pay the shit, who are struglging to be better, they have no chance.
This area was very quiet before, dark and cold. It’s the problem of Cairo, the emigration from the villages. They come with their tradition of islam and their mosques. I will show you, in any empty place they put mosque, and you know chicken and all that stuff from the village. It’s becoming a little bit dirty, that’s the problem of Cairo.
You see that mosque ? before it was a garden, like an Italian piazza, very nice.
They talk about that for a long time here in egypt, how to be oriental, not European. Some egyptian artists, they used to put folklore in their art, but you can’t present folklore like art. comtemporary art is not folklore. I’ve made egyptian painting and drawing like that, but a very friend of mine, he is artist too, he said don’t do that again.
Ash: To live in Europe is not that easy, because you’re in 3 circles : arab, muslim, poor, lazy… these stereotypes and people look at you as a foreigner and maybe a youg teenager from neo-nazisme he will look at you because you have black eyes or black hair he will shoot you for no reason.
The Baron: I know that you fight the movies with movies, because you see all the news and tv…so your respond is the movie. Painting is like poetry, something more metaphysic, like the Baron’s palace, it belongs to another world you know, but vide ois from this world, the same shit, the same world, there is nothing in that world, that’s my idea i don’t know…it’s boring. Reality is not in that world, reality is metaphysics.
Ash : here there are no CCTV. Here their are really deep in hiding themselves. We don’t know how they look like in fact.
This is the national democratic party, they have this type of advertising. It says : a new future, a new tomorow, we are together… which is crazy, we would like to get rid of 25 years ruling the country and he thinks that he will be permanent here… and he is 78 years old. It’s a sad joke you know. On the portraits that you see on the streets Mubarak looks very young, but now he is a very old man. Now they try to hide his image from the people, because the people around him they know that the people are fed up with him so they try bring the image of his son Gamal to prepare for transition. Anyway Gamal doesn’t look very different from his father. Both I hate them in fact.
Tongue to Ash about the Baron’s paintings : Do you recognize any arabic influences?
Ash : Yes, it’s the irony that he has and also the dramatic, the sadness and the violence. He expresses what he feels and lives here with these fearness and crisis.
Tongue : Oppression?
Ash: silence, yeah.
Tongue : Any arabic patterns?
Ash : I think not.
The Baron : I thought about showing rolled paintings in a corner.
Tongue : What will you offer as a statement at this exhibition around Occidentalism?
The Baron : My theme is the grotesque.
Tongue : The carnaval ?
The Baron : There is a constellation linking Brasil, i.e. South America and Egypt, i.e. the Arab World, it’s Portugal.
The faces in this red paintings are screaming, some want to say something, others are singing, they come out of the atmosphere, you can feel the sound. There you can see a horse and a sorcerer, that’s the meeting between East and West.
Ash about cairotalkingheads: You’ll be rich after you’ll have been censored! You’ll have people advertising on your site and you’ll make money out of it.
The Baron : What kind of French is that? It’s irony.
Teeth : You beeing imitated by us : It’s not your language, because it becomes stranged, and it’s not ours, because these are not our articulations. It’s a meeting on a sounding terra incognita.
The Baron : A terra what?
///
Le Baron parcourt sa ville à pied. D’emblée, face à Dents & Langue, il fustige l’hypocrisie religieuse. Son père « n’avait pas grand chose à faire avec la religion », il était gymnaste et son entraîneur Britannique. Flânant à travers les rues, le Baron déplore que se vident les appartements des bâtiments orientalistes de Héliopolis : les descendants des riches familles qui les possèdent, ayant vécu à Dubaï ou aux Etats-Unis, en dénigrent l’ancienneté et la hauteur des plafonds au profit de maisons individuelles et d’un standard plus fonctionnaliste. Lui-même a passé dix ans en Argentine où il a été marié et où il a un fils qu’il n’a pas vu depuis sept ans, date à laquelle la crise économique le ramène en Egypte. Arrivé en vue du palais, le Baron cite non sans dédain trois femmes artistes, dont une Palestinienne et une Egyptienne, devenues très riches parce que « féministes ». L’une d’elle superpose à des images pornographiques des versets coraniques. Toutes jouent le jeu de la provocation interculturelle. De même, il supporte mal ce qui répond au quotidien vécu par son image vidéo ou photographique. Cela manque pour lui d’imagination et de maîtrise dans le geste créateur. Amateur de musique classique et d’opéra, Vivaldi, moins Beethoven, le Baron apprécie le travail de longue haleine et l’imaginaire personnel. Il paraît se reconnaître dans une culture cosmopolite, européenne classique, même revisitée par le colonialisme, dans les musées, leur clarté et leur propreté, dans le Prado et le Metropolitan. Il n’aime pas le Louvre cependant, avec son entassement d’objets et sa poussière, ni qu’on y montre l’art minimal russe ou le supérmatisme aux jours de ses rares visites. Si le Baron refuse de discourir sur l’authenticité et la tradition, il insiste, plutôt que sur la nécessité du mélange, sur la coexistence des différences. Peintre de profession exposant en Egypte, à Dubaï et à New York, le Baron reste par-dessus tout laconique. Mais au moment de montrer ses œuvres expressionnistes, toujours en partie figuratives, il le fait avec fracas et énergie. Langue voit dans ces peintures la trace de Chagall, mais ce rapprochement gêne le Baron. Parce que Chagall était juif, s’interrogent Dents & Langue ? Le Baron penche pour De Chirico plutôt que pour Ernst, Dali à la limite, pour les droites et couleurs fauves, les formes abstraites plutôt que le coulant d’un certain surréalisme. Visages étoilés sans corps ou à corps hybrides, faces animales, grimaçantes, hurlantes, souriantes plus rarement. Noir et rouge dominent. Verts puissants, quelques mauves et sinon gris. La facture reste béante, traits de doigts saillants ou de pinceaux larges d’un centimètre de large. Anges, chevaux, singes, sorcières, masques, hurleurs, marchands, gestes de négociation infinie. Dans cette peinture violemment sonore, les critiques reconnaissent des univers que le Baron mentionne sans grande conviction : Dante, Virgile, le monde souterrain, le grotesque, le carnaval. Seule exception peut-être, le satanisme. Aussi soap soit-il. Déjà quelques heures avant ce thème avait été nommé face au caprice cambodgien du Baron Empain, autrefois planté en plein désert, et dont l’accès est plus difficile depuis que des jeunes gens amateurs de heavy metal y ont célébré des messes noires en 1997. Leur arrestation avait mis fin à ce mouvement en Egypte. Quand Langue enfin lui demande si son art compte avec Bosch, le Baron entendra d’abord Bush. D’un baron l’autre, le rêve réalisé finit en enfer.
The Baron: The Baron came to Egypt and said he has a brilliant idea, that he wants to construct his own city. He chose this place here, it was all desert. He was employed in a company of architects and made a lot of money, he was very smart. He committed suicide in 1942 because he was sick, he had cancer.
At that time, there were a lot of european architects building in Cairo, mixing european style with islam style. His palace is indianstyle, it’s beautiful, it’s huge, it’s like haunted. Imagine it : a palace from Cambodgia in the desert in the the middle-east. But now you can’t enter it, there’s no one living there. The wife of Mubarak, Susanne Mubarak, she’s crazy about that house and its huge garden, she wants to renovate it. If you talk about the president or his family, it’s like… gods… nobody can touch it. I can’t do anything you know. Some opinions they say that Mubarak is good because he manipulates these things for many years, he was smart you know, but the system is corrupt. He talk about to leave his position for his son, the businessmen they want that, they want the things to be stable, to make business you need to have a stable position you know, far from fondamentalism, from islam, terrorist or other, so you have terrorism from this side and corruption from the other side and normal people who pay the shit, who are struglging to be better, they have no chance.
This area was very quiet before, dark and cold. It’s the problem of Cairo, the emigration from the villages. They come with their tradition of islam and their mosques. I will show you, in any empty place they put mosque, and you know chicken and all that stuff from the village. It’s becoming a little bit dirty, that’s the problem of Cairo.
You see that mosque ? before it was a garden, like an Italian piazza, very nice.
They talk about that for a long time here in egypt, how to be oriental, not European. Some egyptian artists, they used to put folklore in their art, but you can’t present folklore like art. comtemporary art is not folklore. I’ve made egyptian painting and drawing like that, but a very friend of mine, he is artist too, he said don’t do that again.
Ash: To live in Europe is not that easy, because you’re in 3 circles : arab, muslim, poor, lazy… these stereotypes and people look at you as a foreigner and maybe a youg teenager from neo-nazisme he will look at you because you have black eyes or black hair he will shoot you for no reason.
The Baron: I know that you fight the movies with movies, because you see all the news and tv…so your respond is the movie. Painting is like poetry, something more metaphysic, like the Baron’s palace, it belongs to another world you know, but vide ois from this world, the same shit, the same world, there is nothing in that world, that’s my idea i don’t know…it’s boring. Reality is not in that world, reality is metaphysics.
Ash : here there are no CCTV. Here their are really deep in hiding themselves. We don’t know how they look like in fact.
This is the national democratic party, they have this type of advertising. It says : a new future, a new tomorow, we are together… which is crazy, we would like to get rid of 25 years ruling the country and he thinks that he will be permanent here… and he is 78 years old. It’s a sad joke you know. On the portraits that you see on the streets Mubarak looks very young, but now he is a very old man. Now they try to hide his image from the people, because the people around him they know that the people are fed up with him so they try bring the image of his son Gamal to prepare for transition. Anyway Gamal doesn’t look very different from his father. Both I hate them in fact.
Tongue to Ash about the Baron’s paintings : Do you recognize any arabic influences?
Ash : Yes, it’s the irony that he has and also the dramatic, the sadness and the violence. He expresses what he feels and lives here with these fearness and crisis.
Tongue : Oppression?
Ash: silence, yeah.
Tongue : Any arabic patterns?
Ash : I think not.
The Baron : I thought about showing rolled paintings in a corner.
Tongue : What will you offer as a statement at this exhibition around Occidentalism?
The Baron : My theme is the grotesque.
Tongue : The carnaval ?
The Baron : There is a constellation linking Brasil, i.e. South America and Egypt, i.e. the Arab World, it’s Portugal.
The faces in this red paintings are screaming, some want to say something, others are singing, they come out of the atmosphere, you can feel the sound. There you can see a horse and a sorcerer, that’s the meeting between East and West.
Ash about cairotalkingheads: You’ll be rich after you’ll have been censored! You’ll have people advertising on your site and you’ll make money out of it.
The Baron : What kind of French is that? It’s irony.
Teeth : You beeing imitated by us : It’s not your language, because it becomes stranged, and it’s not ours, because these are not our articulations. It’s a meeting on a sounding terra incognita.
The Baron : A terra what?
///
Le Baron parcourt sa ville à pied. D’emblée, face à Dents & Langue, il fustige l’hypocrisie religieuse. Son père « n’avait pas grand chose à faire avec la religion », il était gymnaste et son entraîneur Britannique. Flânant à travers les rues, le Baron déplore que se vident les appartements des bâtiments orientalistes de Héliopolis : les descendants des riches familles qui les possèdent, ayant vécu à Dubaï ou aux Etats-Unis, en dénigrent l’ancienneté et la hauteur des plafonds au profit de maisons individuelles et d’un standard plus fonctionnaliste. Lui-même a passé dix ans en Argentine où il a été marié et où il a un fils qu’il n’a pas vu depuis sept ans, date à laquelle la crise économique le ramène en Egypte. Arrivé en vue du palais, le Baron cite non sans dédain trois femmes artistes, dont une Palestinienne et une Egyptienne, devenues très riches parce que « féministes ». L’une d’elle superpose à des images pornographiques des versets coraniques. Toutes jouent le jeu de la provocation interculturelle. De même, il supporte mal ce qui répond au quotidien vécu par son image vidéo ou photographique. Cela manque pour lui d’imagination et de maîtrise dans le geste créateur. Amateur de musique classique et d’opéra, Vivaldi, moins Beethoven, le Baron apprécie le travail de longue haleine et l’imaginaire personnel. Il paraît se reconnaître dans une culture cosmopolite, européenne classique, même revisitée par le colonialisme, dans les musées, leur clarté et leur propreté, dans le Prado et le Metropolitan. Il n’aime pas le Louvre cependant, avec son entassement d’objets et sa poussière, ni qu’on y montre l’art minimal russe ou le supérmatisme aux jours de ses rares visites. Si le Baron refuse de discourir sur l’authenticité et la tradition, il insiste, plutôt que sur la nécessité du mélange, sur la coexistence des différences. Peintre de profession exposant en Egypte, à Dubaï et à New York, le Baron reste par-dessus tout laconique. Mais au moment de montrer ses œuvres expressionnistes, toujours en partie figuratives, il le fait avec fracas et énergie. Langue voit dans ces peintures la trace de Chagall, mais ce rapprochement gêne le Baron. Parce que Chagall était juif, s’interrogent Dents & Langue ? Le Baron penche pour De Chirico plutôt que pour Ernst, Dali à la limite, pour les droites et couleurs fauves, les formes abstraites plutôt que le coulant d’un certain surréalisme. Visages étoilés sans corps ou à corps hybrides, faces animales, grimaçantes, hurlantes, souriantes plus rarement. Noir et rouge dominent. Verts puissants, quelques mauves et sinon gris. La facture reste béante, traits de doigts saillants ou de pinceaux larges d’un centimètre de large. Anges, chevaux, singes, sorcières, masques, hurleurs, marchands, gestes de négociation infinie. Dans cette peinture violemment sonore, les critiques reconnaissent des univers que le Baron mentionne sans grande conviction : Dante, Virgile, le monde souterrain, le grotesque, le carnaval. Seule exception peut-être, le satanisme. Aussi soap soit-il. Déjà quelques heures avant ce thème avait été nommé face au caprice cambodgien du Baron Empain, autrefois planté en plein désert, et dont l’accès est plus difficile depuis que des jeunes gens amateurs de heavy metal y ont célébré des messes noires en 1997. Leur arrestation avait mis fin à ce mouvement en Egypte. Quand Langue enfin lui demande si son art compte avec Bosch, le Baron entendra d’abord Bush. D’un baron l’autre, le rêve réalisé finit en enfer.
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March 02, 2007
bab zuweila, par teeth & tongue
_
bab zuweila
établi de cordonnier bobine
fil blanc
leur pèle un oignon deux
bab zuweila
shishas alignées
cantine de ruedeux tours en pierre à créneaux
gril à gazon pèle des oignons à pleines mains
le grilleur fait des castagnettes avec sa pince à painsacs d’espadrilles
PC et sub appuyés à un sac d’oignonsun homme en cravate trône dans l’échoppe d’un cordonnier
pelures jonchant le solflammèches agitées
le sol lui-même mou de boue poussière miettes drèchespassage d’un âne
carafes de métal blancune clope au bec, préparant le kochari
muraille d’une mosquée à droitetas de radis
rangée de lampesdeux ampoules suspendues
hampes élégantes arquées
des bobines de fil blanc
cageot claire-voie de joncscourse poursuite de klaxons rythmés
fladenbrotécriture qui commence par la fin
machine à coudre et tchaikhanetraces de pneus encore humides
poste télé noir-blancpas pressés dans le dos
femmes en maillot de bainsifflement insistant
romantiques gestes de généralchargement d’ordures à dos d’âne
chichales cartons de protection recouvrant le cuir d’une Honda-Davidson
graffiti chariots âneshaut-parleurs capuchonnés de noir
chevaux babioles polycolorePC baignant dans l’huile
courroie tours à quoi ? huilecouteau pointé
traviolenéons suspendus
tonneau bleu de 100 litresdeux bonbonnes-à-gaz bleues
longue lame oignons pelés jetésogives mamelouques
stand de fer-blancconcentration de carton-à-chaussures
théières boîtes à toutun garçon chevauchant la roue de secours à l’arrière d’une jeep
sifflets de bouches sucementscomplicité méfiante
zézaiementsnombreuses tentatives
attentionexplications incertaines
semelles lacets interrupteurslaine de fer qu’on étire
néonssol jonché de copeaux
font les DJsintérieur vert
savates souliers pilesampoule poiriforme
porte où fut pendu le mameloukaudience captivée par les rayons
cartons récipients caissesun dirigeant télévisé
pour la prière fini la musique !basses infernales
grilles turbans catellescouinements d’une roue à six branches
bouteilles de gazforgés à pointes
sandalesbananes en chapelets
le pleureur acteur éplucheurfraises qui croulent
flammèches lamele shabi tonne
klaxon jeep painsréserve de cornets
muhammad wölbung des toursgyrophare d’urgence
table fer sacs mercedestraces de khôl ayant coulé
mobiles siège bois cuir sur estradeétabli de cordonnier bobine
fil blanc
leur pèle un oignon deux
February 27, 2007
Rue Mohamed el Alfy
il y a place CHLORÉE à peine pour corps d'un mètre soixante par dix centimètres claxons bananes mégaphones, square plus loin CHLORÉE, square qu'une certaine langue veut paisible inactifs, les gens rare jusqu'ici, vitrine coin de rue, personne ne s'y tient que langue, méditant reclos tenant planté son mât, captant voix choses leurs entrelacs, CHLORÉE pas un vendeur pas un passant qui se montre voyant, culottes tangas qui à rose en nylon sur le devant qui à deux trous et, parmi plus loin ces hommes CHLORÉE je t'ai aimée qui portant une cruche d'alu dans le dos se baissent jusqu'aux tasses à thé tendues aimée, mêmes squares où les jeunes couples se touchent quant tout prétexte les bouscule, détour distance ostensibles et ostensible l'atmosphère veut y passer outre CHLORÉE plus tard, club d'écrivains têtus à tête blanche boivent des jus d'orange feuilletant distraitement, est-ce vraiment le nouvel ouvrage s'étonnant, qu'on interviewe un des leurs sur imitations d’appel à guerre sainte sur slogans machistes tirés, d'une méthode de langue, leurs femmes CHLORÉE de quarante ans qui sont allées à l'école des soeurs mais est-ce vraiment sont seules, capables d'expliquer dans notre langue en évitant notre regard le sens de la main représentée dans leurs peintures, qui est, mais est-ce vraiment, de se protéger en secret de l'amour éprouvé pour le passant et, qu'on retrouve à l'arrière des voitures, cette main, quel monde la fable ces peintures, saturées superposées lignes chacune appartenant à de multiples motifs CHLORÉE, foncière multivalence je t'ai, au café parlottant avec calligraphe pixellisant avec éditeur germanophone qui fut cuistot à kreuzberg avec sculpteur de minneapolis avec oudeur, et anglais amateur de colombo puis quelque, chien je t'ai EAU-DE-ROSE dans la fumée, pas moins dans mes omelettes aux poivrons demain, grillades île d'oiseaux, CHLORÉE menace laquelle, le pire ça chante.
February 26, 2007
You won't avoid anecdotes
A l’embouchure d'un fast food, il trempe ses beignets dans cinq litres d'huile. Non seulement son ventre, mais jusqu'aux stores métalliques de la boutique sont pleins d'un gras mêlé de poussière. L'huile crapote et, à chaque fois qu'un beignet vient s'y dorer, s’enfle et flapotte, tandis qu'une basse de soufflerie, quelque part, pose une nappe continue, irisée de toux de moteur.
Tant d’yeux sont là, mi-clos. Savent-ils tout ? Cette agitation perpétuelle, où il faut pourtant trouver à loger son calme, ses calculs, son propre territoire.
Un poste de radio plutôt toy corannise lentement, mais est-ce même ça, très nase envoûtant. La ventilation, après les salutations de mise, reprend de la force. Un verset s'ennuie, est-ce ça, l'huile crisse, des mains se tendent, chiffonnent les billets. On se frôle, on fabrique en négociant à voix forte, à grands renforts de gestes, un espace qu’il n’y a pas.
Tant d’yeux sont là, mi-clos. Savent-ils tout ? Cette agitation perpétuelle, où il faut pourtant trouver à loger son calme, ses calculs, son propre territoire.
Un poste de radio plutôt toy corannise lentement, mais est-ce même ça, très nase envoûtant. La ventilation, après les salutations de mise, reprend de la force. Un verset s'ennuie, est-ce ça, l'huile crisse, des mains se tendent, chiffonnent les billets. On se frôle, on fabrique en négociant à voix forte, à grands renforts de gestes, un espace qu’il n’y a pas.
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